La salle de l'injustice
---------------------- Les fesses posées sur une chaise, j'observe le monde qui m'entoure. Je suis dans le meilleur endroit pour observer l'horreur de ce monde. A mes côtés, les gens pleurent, attendant impatiament la réponse à leurs questions. Ici, on peut voir des gens qui tournent au rond, le coeur en bourique, remémorant les souvenirs. On peut entendre des hurlements par ce qu'il y en a qui n'ont pas eu la bonne réponse. Alors on les regarde du coin de l'oeil et on tremble rien qu'à voir leur corps secoués par les sanglots, par les remords, par ce qu'on ne peut rien faire. Et on espère simplement qu'on ne finira pas comme ça.
----------------- Dans notre tête à cet instant, on pense juste à ce coeur qui tambourine en nous, on voit des milliers de visages en se disant qu'ils sont encore là eux. Par ce que oui, c'est important, de se dire qu'il y a toujours ces gens prêts à nous aider, même s'ils ne sont pa toujours là quand il faut. Et puis il y a ce moment horrible, celui où le médecin s'approche de vous avec votre réponse. A ce moment précis, on a les jambes qui flageollent et le coeur qui est prêt à lâcher. Mais il y a cette putain de réponse qui nous tient en haleine. Oui, par ce que voilà 24 heures qu'on ne vit que pour elle. Alors voilà l'instant fatidique où on dit "Alors elle(ou il) s'en est sorti?", où le médecin vous observe, se demandant qu'elle sera votre réaction à vous. Si vous tomberez au sol, si vous hurlerez, si vous lui taperez dessus ou si vous resterez là sans rien faire, le regard vide et le coeur qui lâche. Puis après ça, il baissera les yeux et vous dira la réponse, la fameuse, celle qui vous a torturé l'esprit pendant toute une journée, celle qui vous a bloqué le souffle, celle qui vous a fait sortir de votre petit train-train quotidien, vous laissant dans la noirceur de la vie.
---------------------- A moi, le médecin m'a dit, " Je suis désolée, nous n'avons pas pu la sauver ...". Après cette phrase, le docteur raconte plein d'autre chose, mais vous êtes déjà loin de tout ça. Cette phrase résonne si fort dans votre tête, tout tourne autour de vous , et moi, je suis restée là sans rien faire, le regard vide et le coeur qui lâche. Je l'ai laissé à ses mots scientifiques et je me suis laissé aller. Je ne regardai plus où j'allai, je l'avais perdue oui, je l'avais perdue pour de bon. Et puis je sais pas pourquoi je me suis mise à crier son nom, comme si elle allait m'entendre, comme si elle pouvait revenir. Puis il y a ce petit bout de chou qui est venu me voir pour me demander si j'étais malheureuse. Vous auriez voulu que je lui réponde quoi à ce gamin, oui c'est vrai je vais mal ?! Non, moi je n'ai rien dis, je lui ai juste laissé caressé ma joue pleine de larmes. Puis j'ai posé mes fesses sur une chaise. Et me revoilà !
---------------------- Qu'est-ce que je fais là ,encore ,assise dans la salle de réanimation. Elle est morte c'est fini, la femme que j'aime est morte, tabassée à mort par des d'homophobes. Mais où va t-on bordel de merde ?Je vous le demande à vous qui laissez faire tout ça! Maintenant on nous tue pour ce qu'on est. On tue par ce qu'il y a de la diffèrence, mais nous on a emmerdé personne, on a juste suivi notre coeur qui nous sussurait "amour". Qu'est-ce que je vais faire maintenant moi, hein ? Je vais continuer sagement ma vie, alors qu'on m'a enlevé la personne qui m'est le plus cher au monde ? Hein, je fais quoi, bordel de merde, je crève en silence dans mon coin ?! Je vais vivre alors que ma vie s'est écroulé à cause de cette putain d'injustice ?! Dites le moi vous qui faites toujours les meilleurs choix !
-------------------------------------------------------------------- Un heureux malheur
